Un Fonds de dotation
pour faire quoi ?

Par Pierre Rabhi

« Qu’est-ce qui détermine certains individus à avoir le souci du monde, jusqu’à consacrer leur propre existence à prendre soin de ce qui permet cette existence ? Faut-il pour autant attendre une quelconque contrepartie gratifiante autre que celle de voir les valeurs bénéfiques, libres de toute idéologie et croyances, élargir leur champ d’influence ?

Il est heureux pour nous que la démarche ne soit pas restreinte à des concepts ou des vœux pieux. Elle s’accompagne de propositions concrètes comme l’agroécologie, dont la pertinence comme solution à la faim dans le monde n’est plus à démontrer. Elle a été soumise par nous-mêmes et durant de nombreuses années à l’épreuve des faits dans des conditions les plus défavorables comme les régions semi-arides du Sahel.

D’une façon générale, les actions que nous menons ne sont pas pour « rafistoler » notre modèle de société dont l’inadéquation avec l’humain et la nature est criante, mais pour en changer radicalement. Le temps de l’ajustement de la politique avec les réalités du monde d’aujourd’hui est plus que venu.

L’espèce humaine est parmi toutes les autres espèces celle qui s’acharne à s’autodétruire en détruisant les fondements de la vie auxquels elle doit la vie. Ce comportement irrationnel est à l’évidence la négation de l’intelligence dont nous prétendons être les détenteurs, ce que notre comportement ne confirme pas.

Ainsi, l’insatiabilité et l’avidité sont-elles devenues les vertus cardinales, les préceptes, les crédos et les dogmes dont le principe du toujours plus illimité révèle l’inanité et que l’on nomme économie.

C’est pour complaire à la pseudo-économie que les forêts sont détruites, les mers écumées de leurs ressources vitales, le sous-sol vidé de ses matières combustibles, générant des nuisances sans précédent, et à terme une suffocation universelle. Ainsi tous les attributs garants absolus de la vie, la terre, l’air, l’eau, la chaleur, se trouvent-ils dénaturés au point d’être devenus les destructeurs de ce qu’ils sont censés entretenir.

Prendre conscience de notre inconscience – y compris climatique – est donc la nécessité la plus urgente pour mettre fin au processus suicidaire et insidieux auquel peu de consciences sont vraiment et profondément éveillées.

Aujourd’hui, mon itinéraire d’engagement de plus de 40 ans en faveur de la terre et l’humanisme est explicité. D’aucuns reconnaissent que l’itinéraire dont il est question a été fertile en créations concrètes.

Dans un contexte social où les constats, diagnostics et considérations sur le monde qui ne va pas très bien ne cessent de s’amplifier, les solutions sembleraient s’amenuiser et nous condamner à l’impuissance, et à une mortelle résignation. Tel n’est pas mon sentiment.

Se résigner serait la pire des attitudes, et « faire sa part » est ce qui nous maintient dans une responsabilité active ajustée à notre mesure.

La capitulation laisserait libre cours à l’évolution d’un ordre devenu universel qui se révèle être le plus grand désordre qu’une humanité conditionnée à tous les consentements inflige à son propre destin.

Plus que jamais, l’appel à l’insurrection des consciences et la double question « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?» indissociable de « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » se justifie et révèle la créativité extraordinaire de la société civile. L’idée de transition offre à l’imagination collective un nouvel espace d’innovation positive pour éviter le grand naufrage.

Ce phénomène, stimulé probablement par l’échec du paradigme censé couronner l’aventure humaine de tous les triomphes, nous permet de mieux évaluer ses limites et nos limites. Créer contre la vie et vivre en détruisant la vie doit d’urgence céder la place à créer avec la vie et pour la vie.

Il se trouve que l’agroécologie que nous pratiquons, enseignons, propageons et désirons propager encore plus largement fait partie des disciplines les plus décisives. Elle concilie en effet la nécessité de vivre avec une nourriture vivante et bénéfique avec l’indispensable préservation du patrimoine nourricier.

Réduire cette démarche à une bonne solution « écolo agricole » serait une erreur, car il s’agit d’une problématique sociale et mondiale, et d’une option politique des plus cruciales et déterminantes.

 

 Nous préférons en l’occurrence substituer au « Changer ou disparaître » « Changer et se changer pour ne pas disparaître ».

 

En disant cela, nous pensons aux très nombreuses bonnes initiatives qui prolifèrent et fleurissent au sein de la société civile, et qui pour la plupart sont inspirées par la nécessité de changer positivement le monde. Entre affamés de pain et affamés de sens, le temps de l’humanisation du vivre ensemble planétaire devient une exigence rigoureuse.

C’est pour toutes ces raisons que nous souhaitons être présents, actifs et efficaces dans cette effervescence créatrice d’un paradigme plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations.

Pour ce faire, nous avons besoin de moyens financiers comme énergie collective indispensable pour nous aider à aider, poursuivre et amplifier les actions au nord comme au sud. C’est mon engagement en faveur de l’humain et de la nature. »

Champs d'action du Fonds de dotation

Le Fonds a pour vocation de promouvoir et développer l’agroécologie et de favoriser sa mise en pratique par la réalisation de lieux de vie écologiques, pédagogiques et intergénérationnels principalement dans les zones semi-arides.

Il intervient comme Fonds de distribution mais peut aussi apporter une assistance opérationnelle.

Son concours peut également prendre la forme d’un soutien financier vers d’autres organismes reconnus d’intérêt général.